Le Voile d’Ophélia, Rennes, 16 oct.17

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Dès ce matin la lumière était différente : étrange, jaune, comme filtrée.
Vers midi on pouvait regarder le soleil dans les yeux car il était comme un jaune d’œuf miroir cerclé de l’ anneau mince et grisâtre de son blanc. Le ciel a eu des teintes changeantes, allant d’un jaune phosphorique à un orange cuivré, en passant par des tons de terre orageuse. Aujourd’hui il n’a pas fait jour mais ce n’était pas non plus la nuit : un entre-deux, un demi-jour, l’intérieur d’une tagine. C’était le voile d’Ophélia ! Cet ouragan solitaire, excentrique qui, au lieu – comme tous ses prédécesseurs – d’aller tournoyer du côté des Caraïbes, du Golfe du Mexique ou de la Floride, a décidé d’aller découvrir l’Ancien Monde, la vieille Europe et, navigateur né du Pot-Au-Noir, de l’aborder par la pointe de l’Irlande en visant le Fassnett . Mais Ophélia la sirène, maîtresse des Vents et de la houle, n’est pas n’importe quel vaisseau et, en longeant de loin les côtes africaines,  a fait se soulever les sables du désert, les a aspirés comme simples poussières et son souffle a poussé les fumées portugaises des gigantesques incendies vers le nord..  Ophélia a éveillé un cousin ou un frère maître du feu. Ophélia, création de l’Océan, est peut-être une géante sirène mais, vue de l’espace, a la forme spiralée des fougères gravées par nos ancêtres qui connaissaient les signes, dans le granit du cairn de Gavrinis et de la Table des Marchands. Cette force de la Mer et de l’Air a réveillé celles du feu sur la Terre et – pourquoi donc ? – semble avoir parlé aux fourmis humaines. Un avertissement ? Une menace? Quel message devons-nous comprendre ? Voilà pourquoi ces nuées de sables sahariens et ses fumées ibériques ont caché le soleil aujourd’hui et plongé la bretagne dans l’ombre de ses voiles ocres…

la Baie, 7 août 17, entre 6 heures et 7 heures (du soir bien sûr)

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La baie est tranquille. Le Reder Mor est peinard, bien qu’il s’appelle le Coureur des mers, à l’abri dans l’anse. Mais le lendemain, le 8, il y a du vent et pas mal de kite-surfeurs viennent sur ce « spot »… (lieu  rare et précieux car « dans le vent » et pas dans la houle ni les vagues, c’est ma définition)

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Ce ne sont pas vraiment des « coureurs de mer » – ils n’en ont pas l’ambition –  ils font des aller-retours dans la baie, comme un banc de sardines noires qui s’emprisonnent volontairement dans une nasse. Ils prennent leur pied… mais c’est assez répétitif je trouve.

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J’en aurai peut-être fait pareil à leur âge, au temps où je m’exerçais moi aussi à la glisse à voile, la planche à,  sur un « ponton » (dixit mes plus jeunes cousins), une Mistral de 23 kg avec une voile de 6,3 m², 10 ans après son apparition en France et à Locmariaquer vers 1973 je pense , par l’initiative de Yves Guillam, le fils de notre voisin de camping sauvage, windsurfeur avec un wishbone en bois… On n’avait jamais vu ça dans « la baie », avant lui…

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Regardez, à leur corps défendant, ensemble ils sont comme un commando marine en marche !

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Les voiles, les ailes de couleurs, les sillages, le mouvement que ça donne, c’est joli

Ils sont nombreux. J’en ai compté 25 ce jour-là à faire des allers-retours dans la baie. Vous me direz, ça n’arrive que quelques jours par an mais demain ? Pourquoi ne se risquent-ils pas un peu plus en mer, en dehors de la baie ? ça ventilerait un peu… Ils sillonnent la baie, comme des agriculteurs un champ.. Le capitaine du coureur des mers  finit par partir de la Baie.

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